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Le théâtre de la mort

Le théâtre de la mort

Le Théâtre de la Mort Du XVIe siècle, l'Europe monarchique déploya une pompe funèbre spectaculaire en l'honneur de ses s ouverains et des papes, qui fonctionna selon un rythme ternaire constant : l'exposition publique sur un lit de parade dans le palais royal, le cortège funèbre en direction de la nécropole, et la représentation de la gloire posthume du prince au moyen d'une architecture éphémère symbolisée par le catafalque ou castrum doloris dressé dans un espace sacré. La mort mise en scène par des architectes et des artistes de renom se mua en un théâtre cérémoniel au service de la dynastie. La pompe funèbre était en effet l'occasion solennelle où s'explicitait le sens du temps. L'histoire et l'eschatologie s'y rencontraient. La Mort devenait le révélateur de la religion, puisqu'elle était cet instant fixe et infini que surplombait le jugement de Dieu. La Mort perdait ce faisant sa connotation de finitude pour se parer de la figure de l'accomplissement vers la plénitude promise. L'histoire du pouvoir monarchique et de sa gloire s'y croisait avec l'histoire du Salut, formant cette religion monarchique dans laquelle le souverain défunt devait ressortir transsubstantié, épuré des vanités du pouvoir temporel. En quête d'une recharge permanente de sacralité consubstantielle à leur essence, les monarchies d'Ancien Régime n'eurent de cesse d'imiter le rituel funèbre de la Rome pontificale, lieu même de la continuité absolue, et de détourner la fons sacralis qui en sourdait, parfois dans une quête compulsive. Cet essai qui ne prétend pas à l'exhaustivité, décrit et analyse dix-sept cérémonies funèbres d'importance inégale, en commençant par celle célébrée en 1558 à Bruxelles en l'honneur de Charles Quint et qui servit de modèle à de nombreux souverains. Il s'achève en 1793 sur la figure de Louis XVI, souverain désacralisé et mis à mort, signifiant l'effondrement du politique dans le religieux, en entraînant la mort de la religion monarchique. Voir la suite

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